Le regard perdu dans le vide, j'observe les gens. Ils me semblent si seuls, et avancent à vive allure dans cette ruelle sombre. Accoudée sur le rebord de la fenêtre, comme chaque jour, je cherche un sens à ma vie. Une fine pluie tombe, et le vent frappe contre les volets. La nuit arrive, et les gens se pressent pour rejoindre leur douce chaumière. Une femme, un homme, ou une horde d'enfants les attend sans doute. La journée les a épuisés, ils ne veulent qu'être auprès des personnes qu'ils aiment. Cela doit être tellement merveilleux. Vivre d'un amour chaleureux, où la douceur d'une main, parcourant vos cheveux, et des mots d'amour, chuchotés au creux l'oreille, berceraient vos nuits. Mes soirées sont peuplées de rêve merveilleux, je ne vis plus que pour ces instants d'imaginations. Mais je reviens alors à la réalité, qui se trouve bien loin de ces rêves merveilleux. C'est si dur, parfois, cette solitude est pesante. Ma vie, je l'invente. Elle n'est qu'une douce illusion, un rêve irréel qui prend vie chaque soir. Je n'existe plus. J'aimerais tellement être heureuse, faire battre le coeur de quelqu'un, et découvrir tout ce que je ne connais pas ! Refaire le monde à ma façon, et avancer en cette vie, l'âme libérée et le coeur amoureux. Je voudrais aussi retrouver cette jeunesse, envolée à présent, et ces sourires éclatants... La lune brille, et les étoiles scintillent comme jamais. Peut-être est-ce le moment de voir ce qui se cache derrière le ciel, achever cette existence misérable... Mais juste une dernière fois, j'aimerais sentir le vent caresser mon visage, et l'odeur marine emplir mes poumons. La nuit est douce, il ne pleut plus. La lune me guide en haut de cette crique, d'où je peux apercevoir les vagues se jeter avec force et violence contre les pierres. Mes pieds sont nus, et le vent s'infiltre sous ma chemise de nuit. Je ressemble à une âme égarée, en quête du paradis. Je m'approche au plus près du vide, et j'écarte les bras pour profiter pleinement de ce dernier instant, de cette dernière seconde de solitude. Puis, calmement, je ferme les yeux et m'élance vers l'océan, pour sombrer à jamais, au coeur de l'abîme...